Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 31]

 

Enfin, Sa Majesté décida de réunir ses équipes pour préparer l’organisation de la réception donnée à l’occasion de la fête nationale.

Tout le monde était présent, même Yamamoto. Lors de ces réunions, le poste consulaire était tout simplement injoignable, les téléphones étant mis en mode messagerie. Seul le bureau des visas fonctionnait encore normalement.

Celui-ci disposait d’une entrée séparée mais la préposée aux demandes se trouvait à l’intérieur même de la chancellerie et toute personne entrant dans le sas qui faisait hall d’accueil avait vue sur l’immense plateau consulaire où étaient regroupés tous les services. Que pouvait donc penser ceux qui voyaient derrière l’employée locale en charge des visas un ensemble de bureaux aussi vides les uns que les autres ?

Que le consulat ne fut pas joignable était le cadet des soucis de Pierre-Victor. Pour l’instant, seul lui importait l’agencement du 14 juillet, « son » 14 juillet.

Lorsque chacun s’installa dans le salon du bureau du grand chef, Konda fut surpris de découvrir la présence de Kuruma ainsi que les deux inséparables, le chef adjoint de la Mission économique et son ectoplasme de second. D’habitude, la préparation de la réception ne concernait que la partie Affaires étrangères, le ministère des Finances n’ayant pas voix au chapitre.

Murakami, Atsumi et Fujisaki pensaient la même chose que Konda et, après s’être interrogées du regard les unes après les autres, elles se tournèrent vers leur collègue qui écarquilla ses yeux d’un millième de micron pour leur signifier qu’il n’en savait pas plus qu’elles.

Sa Majesté allait prendre la parole.

— Comme vous le savez, très chers, se tient chaque année un événement très important, voire primordial pour la diplomatie française. Cette date consacre un événement historique de tout premier ordre dans l’histoire de notre beau pays, la France. En effet, comme vous le savez tous, le 14 juillet marque la prise de la Bastille par… euh… par les Français, marquant ainsi le début de la Répu… Euh… Le début de la Révolution française qui allait aboutir à la fin de la monarchie et à la déclaration universelle des droits de l’homme et… et…

— Du citoyen, souffla Turbot-Vaquin.

— Des droits de l’homme et du citoyen, continua le consul tout en décochant un regard de haine à son adjoint. Où en étais-je ? Ah, oui. Le 14 juillet est aussi une date déterminante pour la diplomatie française. C’est un jour phare du rayonnement culturel français à l’étranger et nous nous devons d’être à la hauteur dans l’organisation de ce prestigieux événement.

Encore empreint de la solennité de son allocution, Pierre-Victor resta silencieux tout en gardant le menton relevé comme un mauvais acteur attendant que la salle applaudisse avant de continuer.

Turbot-Vaquin se pencha alors pour murmurer à l’oreille de son adjoint suffisamment fort pour que tout le monde entende : « ça, c’est un discours. » Sa Majesté se tourna vers lui, rayonnant d’auto-fierté, et lui fit signe de la tête, l’absolvant de son interruption précédente.

Konda se retint de pousser un énorme soupir. Il inspira profondément et retint sa respiration un instant mais son attitude ne passa pas inaperçue auprès de ses confrères qui échangèrent à nouveau des regards furtifs et apeurés. Quelle catastrophe allait donc se produire ?

Le consul se tourna vers la secrétaire de la Mission économique.

— Ma chère Aiko, pouvez-vous continuer la présentation ?

À ces mots, Konda faillit s’étouffer et ses collègues réprimèrent à l’unisson un cri d’effroi. La cérémonie du 14 juillet était sa chasse gardée. Personne d’autre, au sein du consulat, n’aurait osé prendre sa place. Personne. Et voilà que son bébé lui était arraché pour être donné à cette mégère de Kuruma. C’en était trop. Son honneur était bafoué. Il était humilié : il venait de perdre la face devant tous ses collègues. 

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